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J’ai donc ben mal…

Enfin! Le soleil me réchauffe la peau, j’ai le goût de sourire, peut-être même de m’inviter à souper ce soir, j’ai bien dormi, je me sens bien. Je vais aller me chercher un muffin et un lait.
En allant à la caf les deux personnes en avant de moi ont arrêté de parler quand je suis arrivée. Je devais avoir de quoi de croche; pourtant j’ai « checké » mes pantalons, mes souliers, mon manteau, mon foulard… C’était correct, me semble…
J’sais pu. Oui? Non? Pourquoi ils ont arrêté de parler? C’est sûr que c’est à cause de moi, sinon quoi? Crisse que j’haïs le monde, y’é jamais content; je viens juste me chercher un osti de café pis le monde me regarde tout croche, ne me parle pas, pis en plus faudrait que je sourisse.
« Prends ton café, r’garde pas personne, pis vas-t-en », que je me dis. Mes doigts tremblent, j’entends pu rien, mon cœur est rendu dans ma tête, je veux juste sortir de c’te crisse de place-là… « a va tu me donner mon change, la maudite caissière? »
Bon enfin, c’est beau, c’est fini sors, sors, SORS!!! Je manque d’air, j’entends pu rien, mon café goûte la misère, asti que chu tannée des autres, pourquoi qu’ils me font sentir de même?
Comme si toute est ma faute pis que je fais rien de correct, je viens juste chercher un café, j’peux-tu moé aussi en avoir un café ??? Ben non, même là je me sens pas à ma place, je dérange juste à prendre un café.
J’haïs ma job, le monde m’aime pas, chus pas assez bonne, j’ai pas assez de place dans mon bureau, j’ai le goût de m’arracher les cheveux tellement que je me sens pas ben…Je manque d’air, je vais prendre congé, je vais aller chez nous, même les autres dans le bureau me regardent bizarre, je le vois dans leurs yeux, leur face, ils me trouvent bizarre.
J’pu capable, faut je parte, j’étouffe, je finirai la job demain, faut je parte. Lève-toi, mets ton manteau, sors pis vas-t-en. On sait ben… même l’autobus m’en veut, y’é en retard. Je me mets à rire parce que je sais pu quoi faire. Même l’osti de bus est pas capable de me sentir, j’ai le goût de brailler. Mon café, mes collègues, pis là l’autobus qui est en retard.
J’me sens mal, j’ai mal en-dedans. Pourquoi personne m’aide? Pourquoi personne me rassure? Pourquoi chu seule? « Cours, cours, COURS!!! Vas-t-en chez vous… t’es pas ben dehors, t’es pas ben nulle part, mais au moins chez vous tu peux brailler tranquille ».Le café, la job, l’autobus… Je pleure, j’ai mal. Chus tannée de pas me sentir à ma place nulle part, je suis pas ben en-dedans. J’ai mal pis j’le sais pas comment le dire pour que les autres comprennent.
Y me disent de me calmer… Heille toé… si je pouvais le faire, j’le ferais, tsé. J’haïs ça me sentir de même, pis j’haïs encore plus ça essayer de te faire comprendre comment j’me sens en-dedans, combien c’est dur avoir un trouble de personnalité limite, un TPL, d’être borderline.
Tu viens de passer 20 minutes dans ma tête; essaie d’imaginer c’est quoi dans ma tête une journée, pis deux, pis trois… Laisse-moi donc une chance de m’expliquer avant de me laisser tomber stp.